Délibération 4.5 : L’entrée libre des musées

Madame l’Adjointe, Monsieur le Maire,
Considérant que la ville de Nice a effectivement toujours eu le souhait de favoriser le rayonnement culturel de la cité, tant auprès des Niçoises et des Niçois que sur les plans national et international, mais ne concevant pas seulement la culture comme une autre façon de se dorer dans les rayons des lumières des artistes éclairés ou de redorer le blason d’une cité, mais souhaitant qu’elle ouvre, au-delà des portes des musées, des fenêtres sur la richesse intérieure de chacun en optimisant la contemplation des œuvres par la prise de conscience et par l’expérience de l’émotion artistique qui constitue bien évidemment l’âme culturelle d’une cité, souhaitant que cette âme même rayonne et permette de réfléchir dans ces miroirs où chacun devrait pouvoir parfaire son identité en saisissant son propre reflet ;
Considérant effectivement que la ville de Nice détient un patrimoine muséal d’une très grande richesse, allant de la préhistoire à l’art contemporain, mais souhaitant que ce patrimoine ne se fige ni dans le temps, ni dans ses spécificités et qu’il ne voie pas son écosystème fragilisé tant il doit garder une dynamique, un lien vital avec la vie qui continue hors ces murs, qui évolue de siècle en siècle dans la réalité sociale;
Considérant que la ville de Nice souhaite favoriser l’accès à la culture au plus grand nombre, mais constatant que dans d’autres villes de France et au Royaume-Uni il est reconnu que si la gratuité des musées provoque une lune de miel de fréquentation passagère – comme toutes les lunes de miel.
D’ailleurs – elle aboutit principalement à l’augmentation de la fréquence des visites par les mêmes personnes.
Considérant que Nice est une destination touristique phare mais ne souhaitant pas que l’accès libre aux musées contribue seulement à une politique libérale en subventionnant les tour-opérateurs.
Considérant que vous manifestez la volonté de développer une politique culturelle de proximité et en nous interrogeant sur les meilleurs moyens de parvenir à offrir aux Niçoises et aux Niçois et à ces visiteurs étrangers une réelle implication dans la vie culturelle de notre Ville.
Ne faudrait-il pas prendre garde au danger de la gratuité d’accès aux musées ?
Nicolas Sarkozy n’a pas de mots assez durs contre une culture de gratuité. Il a, par exemple, donné à Denis Olivennes une mission de lutte contre le téléchargement illégal sur internet. D’un côté la gratuité est la mère de tous les vices, de l’autre elle est prônée par exemple dans les musées. N’est-ce pas dire que la chose publique ne coûte rien ?
A l’heure où la santé devient payante, donner l’habitude que la culture devienne gratuite n’amène-t-il pas à un inversement de valeurs ?
L’accès gratuit peut vouloir signifier entre autres pour les jeunes pour entrer dans les musées, on donne zéro, il n’y a rien à acquérir, il n’y a pas d’effort à faire, la culture ne vaut rien et donc cela ne me rapporte rien. Cela coûte d’aller dans un musée mais ce qui tient 55 % des Français loin des musées à partir de l’âge de 15 ans, c’est plus la difficulté à faire la démarche, à prendre le chemin du musée et ce, économiquement mais surtout mentalement.
Nous avons eu un dialogue l’autre jour à la commission culture et nous avons évoqué la possibilité d’un «pass » culture, d’un «pass » riviera, en considérant par exemple le dimanche gratuit dans les musées, les visites scolaires gratuites ou d’autres aspects d’une politique tarifaire et l’ambition de renforcer l’éducation artistique, l’accompagnement des visiteurs, comme vous l’avez proposé, Madame l’Adjointe, par des étudiants en histoire de l’art, etc., nous avons donc entrepris ce dialogue lors de la commission, mais je voulais revenir sur la proposition faite dans notre programme d’un accès à un euro, qui visait à désinscrire le coût d’une préoccupation purement économique ou sociale mais proposer un euro symbolique, l’art étant avant tout le lieu pour accéder à la vie symbolique ou métaphorique de la cité.
Ne serait-il pas judicieux de proposer, plutôt que cette annonce de gratuité qui est certes plaisante à entendre mais qui fait un peu un effet d’annonce, une décision plus large d’accès libre pour faire entendre que, dans cette ville où l’on a trop longtemps voulu enseigner l’art de profiter du rayonnement solaire et des richesses matérielles, on puisse enfin annoncer haut et fort, et cela dépasse pour moi celle délibération sur la gratuité des musées, que l’intérêt de tout individu à l’art le rend acteur de sa ville et que cet acte fondateur n’est pas un acte futile, n’est pas un acte utile, et ne doit donc en aucun cas être un acte gratuit.
Nous avons donc décidé de nous abstenir, dans cette envie de continuer à réfléchir à peut-être cette possibilité de remplacer le mot « gratuité » par le mot «liberté ».
C’est vrai que je suis partie du texte, vous savez que j’aime le texte et les mots. Vous nous avez dit qu’il était bien aussi de faire des propositions, j’ai donc fait une proposition qui était justement de ne plus véhiculer ce terme de «gratuit » que je trouve dangereux. Je reconnais que vous allez faire passer cette gratuité des musées. Dans le discours, on dit z des spectacles gratuits, des jours gratuits, etc. C’est ce terme de « gratuit », je trouve qu’il est important de redonner aux termes le sens qu’ils ont et je proposais donc, au lieu de parler de gratuité, de parler de liberté en proposant plutôt, au lieu de dire que c’est gratuit, de dire que l’accès est libre. Je trouve que parler d’un spectacle offert, ou d’un accès libre, c’est déjà peut-être une façon de donner le ton de ce que vous voulez mettre en œuvre par celle gratuité. Je pense que c’est ce terme de «gratuit» qui peut être très néfaste et que la culture commence aussi par une attention précise aux mots qui sont employés.


