Conseil Municipal du 23 octobre 2009 – Le Grand stade
Délibération 5.1 : Grand stade – Configuration – Choix du mode de réalisation –Autorisation d’engager la procédure de consultation
Monsieur le Maire, il s’agit d’un projet extrêmement important qui, j’ai le regret de vous le dire, nécessite une intervention détaillée.
Premièrement, c’est le troisième projet de Grand Stade.
Le premier, celui de reconstruction du stade au Ray, dont le coût était évalué à 57 millions d’euros, s’est malheureusement terminé dans une lamentable affaire de corruption. Ce projet me convenait, je vais y revenir.
Le deuxième a été le premier projet de Grand Stade, municipalité précédente, évaluation 83 millions d’euros, cela faisait 2 800 euros la place, et ce projet s’est échoué sur un recours du préfet Breuil. Mais là, par contre, cela ne m’a pas contrarié parce que, depuis le départ, je suis contre la philosophie du Grand Stade. C’est deux conceptions, c’est un vrai débat politique.
J’ai toujours été depuis le départ pour la reconstruction du stade au Ray et nous maintenons cette position. Nous maintenons cette position parce que je pense que cela était largement suffisant par rapport aux ambitions légitimes que peut avoir notre club de football.
Je remarquerai d’abord qu’en fonction des dossiers vous n’appliquez pas les mêmes méthodes puisque, tout à l’heure, lorsque je reprochais à monsieur Tordo la concision des orientations budgétaires, il m’a répondu « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». Pour le coup, là il y en a soixante-dix-huit pages et vous n’avez pas appliqué les mêmes principes, Monsieur Tordo, ou alors ce n’est pas si clair que cela.
Ce que je vois dans ce projet, premièrement, c’est un changement d’échelle. Nous sommes sur un projet de 157 millions d’euros, le double du précédent qui déjà m’apparaissait très élevé et, je n’ai pas peur de le dire, c’est un véritable projet pharaonique et dangereux. Je vais dire pourquoi.
D’abord parce que, depuis le départ, je suis contre le Grand Stade à Saint-Isidore parce que j’ai toujours considéré que la place des stades dans les villes du sud de l’Europe est en cœur de ville. Tous les grands stades des grands clubs dans le sud de l’Europe sont en cœur de ville.
Je n’entrerai pas dans le détail pour expliquer ma démonstration, simplement quelques points de repère.
Je rappelle que le Stade Vélodrome est à Marseille, que Bernard Tapie lui-même avait voulu le faire sortir de Marseille en 1993 pour le faire du côté de l’Estaque et y avait renoncé sous la pression des supporters, mais qui sont beaucoup mieux organisés là-bas qu’ici. Je rappelle qu’à Nîmes il y avait un stade en cœur de ville qui s’appelait le stade Jean Bouin, qui a été remplacé par le stade des Costières situé en dehors de la ville et que le club ne s’en est jamais remis. Je rappelle qu’à Cannes il y avait un stade en cœur de ville qui s’appelait les Hespérides, nous l’avons tous connu, on l’a sorti, on l’a mis en banlieue et le club ne s’en est jamais remis. Je rappelle enfin qu’un grand club référence du sud de l’Europe (le sud c’est en dessous de Lyon), la Juventus de Turin, a fait construire un stade à l’extérieur de la ville et a racheté son vieux stade pour revenir jouer parce qu’elle avait perdu 25 000 spectateurs. Cela veut dire que dans le sud de l’Europe il y a une identité du club qui colle à une ville et qui est différente de la mentalité que l’on peut trouver dans les pays anglo-saxons voire dans le nord de la France.
Il y a donc de mon point de vue un vrai danger à changer l’identité du club, parce que c’est un changement d’identité du club, ça ne sera pas le même public ni les mêmes supporters, on rentre dans un club à dimension plus importante. C’est un choix, mais ce n’est pas le mien.
Deuxièmement, c’est un projet qui m’apparaît surdimensionné, je le dis très clairement. J’ai lu avec attention les soixante-dix-huit pages, j’ai vu les projections qui sont faites. Aujourd’hui, nous sommes sur un moyenne de 9 000 à 11 000 spectateurs par saison, selon que le club marche plus ou moins bien en ligue 1, et vous prévoyez là 22 000 à 25 000 spectateurs. Par quel miracle allez-vous les trouver ? Je considère que le modèle auquel fait référence le cabinet consulté, qui est celui des stades après coupe du monde, et celui notamment de deux stades, celui de Caen et celui de Sochaux où le nombre de spectateurs a été multiplié par deux, aura beaucoup de mal à s’appliquer ici compte tenu de ce que je viens d’indiquer, c’est-à-dire de l’identité particulière du club qui colle avant tout à la ville. Et vous savez tous que les gens de la ville, les Niçois trouvent que la plaine du Var c’est loin. C’est ainsi, on peut le regretter, mais c’est ainsi.
Deuxième aspect de la question, il y a une véritable spéculation totale sur l’obtention de l’Euro 2016. J’ai bien compris, Monsieur le Maire, que si nous obtenions l’Euro, Nice serait une ville choisie, et je vous en donne acte, mais pour l’instant rien n’indique que nous obtiendrons l’Euro, c’est une décision que l’on ne maîtrise pas. Or, si nous l’obtenons, nous aurons au mieux deux matchs dont un quart de finale, cela fait quand même cher de mettre un grand stade aux normes de l’UEFA pour une ambition aussi ponctuelle.
Pour contourner la difficulté, monsieur Philip l’a dit, vous avez choisi le caractère multifonctionnel, c’est-à-dire sortir de la logique d’un stade uniquement dédié au football pour entrer dans la logique d’un équipement multifonctionnel. Pourquoi ? Pour qu’il puisse, entre guillemets, être « rentabilisé » tout au long de l’année par des événements d’un autre type. Vous prévoyez la construction de 27000 m² consacrés soit à des séminaires, soit à l’implantation de services, soit à l’implantation de commerces. Je mets à part les 5 000 m² dédiés au musée national du Sport.
Tout cet aspect multifonctionnel est uniquement dédié au seul profit de l’exploitant privé, mais il va nous poser des problèmes sur d’autres délégations de service public, c’est la raison pour laquelle, à un moment donné, j’étais très favorable, et je vous l’avais dit, à une société d’économie mixte qui gère l’ensemble pour donner de la cohérence. Nous aurons là un contrat de partenariat public/privé sur le Grand Stade, une délégation de service public sur le palais Nikaïa et une délégation de service public sur le palais Acropolis. Or, si vous intégrez dans le Grand Stade des séminaires et des petits congrès, c’est un projet qui va devenir concurrentiel à Acropolis qui, de mon point de vue, pour l’instant ne fait pas le plein, loin de là. Si vous vous orientez vers l’activité de grands concerts, vous rentrez sur un projet concurrentiel au palais Nikaïa puisqu’actuellement c’est le palais Nikaïa tel qu’il a été construit, avec une ouverture sur le stade Charles Ehrmann, qui remplit cette fonction. Et vous savez notamment que précisément parce que cette délégation de service public ne fonctionne pas si bien que cela, elle est uniquement rentabilisée par l’organisation d’un ou deux grands événements de ce type par an, c’est là-dessus que l’on « sauve » le Nikaïa.
Il y a donc là des éléments extrêmement dangereux : c’est un projet concurrentiel.
Enfin, j’en viens au montage financier. Là, je suis plus que perplexe parce que vous annoncez un coût de 157 millions d’euros, ce qui n’est déjà pas rien, pour 35 000 places, soit 4 500 euros la place. Et là, nous avons plusieurs scénarios.
Nous avons le scénario des subventions publiques, 45 à 75 millions d’euros, la question a été posée hier à la fameuse réunion d’information, elle était très précise, elle disait ceci : cela correspond-il peu ou prou aux subventions que l’on est en droit d’attendre de l’État si nous obtenons l’organisation de l’Euro 2016, et quel sera l’investissement de l’État si nous ne l’avons pas ? La réponse des services a été précise : dans ce cas, il n’y aura pas d’aide de l’État. Par conséquent, 45 ou 75 millions, c’est encore difficile à évaluer, en tout cas on n’est pas en mesure de le dire, ce sont deux scénarios différents. Autre paramètre ou scénario : la redevance que l’exploitant demandera à l’OGC Nice, s’agira-t-il de 3 millions ou 4 millions d’euros par an ?
Le total c’est que, rapporté à un contrat de partenariat sur trente ans, cela fait monter considérablement la sauce puisqu’elle sera comprise entre 137,7 millions d’euros, hypothèse la plus optimiste, avec 75 millions d’euros de subvention et 4 millions d’euros de redevance de l’OGC Nice, et 249 millions d’euros, hypothèse la plus pessimiste, avec 45 millions d’euros de subvention et 3 millions d’euros de redevance de l’OGC Nice.
Pour un projet de 157 millions d’euros, sur lequel on est en droit d’espérer 45 à 75 millions d’euros, cela veut dire que si nous empruntions la différence, cela nous coûterait entre 75 et 105 millions d’euros, et là nous sommes entre 137 et 249 millions d’euros auxquels je rajoute la moyenne des saisons que l’OGC Nice a effectuées en ligue 2 dans les trente dernières années, je m’en tiens au paramètre objectif du passé, onze saisons, c’est nous qui assumons le risque financier, il est évalué, si l’on prend en compte ces onze saisons, à 19 millions d’euros, c’est-à-dire que nous pourrions arriver à 260 millions d’euros. Cela correspond, il faut bien que les uns et les autres en aient conscience, à un blocage précisément dans le compte des dépenses de fonctionnement que nous examinions tout à l’heure, compris entre 7,5 et 10 millions d’euros par an selon le scénario qui sera définitivement retenu. C’est véritablement, vis-à-vis des générations futures, quelque chose de dramatique.
Vous allez, bien entendu, me parler de Lille mais, contrairement à ce que vous pensez, je suis quelqu’un de très ouvert et je ne suis pas un dogmatique, je ne prends pas tout ce qui se fait à Lille pour argent comptant, j’ai donc le droit de penser différemment sur certains sujets.
Christian ESTROSI
Le secret était bien caché sur votre sens de l’ouverture !
Patrick ALLEMAND
Je vous le révèle.
Lorsque je mets bout à bout les 45 ou 75 millions d’euros de subvention, les 249 millions ou les 219 millions que cela coûtera à la Ville, les 19 millions consacrés malheureusement au risque ligue 2, que je rajoute les 90 millions à 120 millions d’euros que le club résident va devoir verser au constructeur exploitant et qu’enfin je rajoute ce que le constructeur exploitant va tirer des 27 000 m² de surface qu’on lui donne en gestion, nous sommes à un total, entretien compris heureusement, Monsieur Philip, de 445 millions d’euros. C’est exactement ce que, sur ce partenariat, va toucher le constructeur exploitant. Heureusement ce n’est pas tout pour nous, mais quand même, je trouve que l’addition est très salée, c’est le moins qu’on puisse dire.
Pour des raisons qui sont liées au montage financier et pour des raisons qui sont liées au choix stratégique, nous voterons contre cette délibération.
La délibération n° 5.1, mise aux voix, est adoptée à la majorité absolue.
Votent contre : Mmes Grégoire-Concas, Matringe, Hernandez-Nicaise, MM. Allemand, Cuturello, Librati, Gaechter, Fetnan.
