Budget, Grand Stade, Gare du Sud

Socialistes, communistes, peyratistes. Christian Estrosi, le maire-ministre n’a été épargné par aucun de ses opposants, hier, en conseil municipal. Comme si ces derniers avaient voulu lui faire rendre gorge après ses propos tenus en septembre fustigeant une opposition maladroite (1).
Les attaques sont venues de toutes parts. Un feu nourri de critiques, réserves et mises en garde sur la gestion municipale. Tour à tour Patrick Allemand (PS), Robert Injey (PC) et André Chauvet (Entente républicaine) ont mis en cause la politique budgétaire, le projet jugé « pharaonique » de grand stade dans la plaine du Var ou encore la gare du sud. Le maire a rendu coup pour coup. « Vous n’augmenterez pas les impôts en 2010, encore heureux, vous les avez augmentés de 17 % cette année. Et malgré ça, s’inquiète Patrick Allemand la capacité d’autofinancement de la Ville reste limitée. Vous allez devoir recourir à l’emprunt. Je crains que sous trois ans nous n’allions dans le mur ».
Donner des leçons ?
Christian Estrosi oppose à la hausse des taxes, « 150 à 200 euros en moyenne par ménage », le pouvoir d’achat qu’il rend aux Niçois par une série de mesures. « La gratuité dans les parkings, le stationnement résidant, les licences sportives, l’allocation à la garde d’enfants, l’accès libre aux musées. Tout ça représente 1 000 à 1 500 euros par famille. » Et, poursuit dans un registre plus politique. « A Paris Bertrand Delanoë [NDLR : maire socialiste] a augmenté les impôts de 27 % en 2009 et en 2010 la hausse sera de 9 %. Nous c’est une fiscalité zéro. Vous n’êtes pas les mieux placés pour donner des leçons ».
Aux opposants qui lui reprochent ses effets d’annonce, il maintient son engagement de réaliser ses 100 mesures.
Le match se poursuit sur le terrain du futur grand stade : « 167 millions ! on assiste à un changement d’échelle, le double du projet de Jacques Peyrat. Surdimensionné. Dangereux », pour Patrick Allemand.
« Et puis, la plaine du Var, c’est loin pour les Niçois ».
Le maire pare l’attaque : « Merci pour les Niçois de la plaine du Var ! Vous avez une étrange conception de l’égalité entre les citoyens ».
Odeurs de poisson…
Il feint ensuite de s’adresser au patriotisme de la gauche : « Soyez de vrais patriotes niçois en votant pour ce projet. Ce serait dommage pour vous de rater ce rendez-vous. Bien sûr, ça dépend… si vous voulez passer de 15 % à 10 % des électeurs aux prochaines élections ».
L’argument ne convainc pas socialistes, communistes et Verts qui votent contre. Tandis que les deux peyratistes, André Chauvet et Jean-Claude Mari, s’abstiennent.
La gare du Sud va-t-elle réconcilier tout le monde ? Le projet de grand marché couvert sous la halle fait plutôt consensus. Mais c’était sans compter avec… les odeurs de poisson !
C’est Mari-Luz Hernandez Nicaise (les Verts) qui mène la charge : « Je découvre que la destination finale de cette halle sera d’abriter les poissonniers. Qu’on me comprenne, je n’ai rien contre eux et je mange du poisson plusieurs fois par semaine. Mais faut-il rappeler que le poisson, même frais, a une odeur tenace peu compatible avec les autres animations prévues. Monsieur le maire, épargnez-nous la poissonnerie ! »
Des propos en forme d’arêtes qui restent en travers de la gorge du maire : « Vous me décevez beaucoup, madame. Ce n’est pas digne de votre image ! »
« Je suis terrorisé…»
Puis, confronté à d’autres critiques, le maire s’emporte : « Les Niçois attendent cette nouvelle gare du Sud depuis 30 ans. Cette gare sera notre fierté et ce sera votre honte…»
Le ton monte. Patrick Allemand réclame une suspension de séance pour se concerter sur le vote avec son groupe. Mais Christian Estrosi n’entend pas et fait voter la délibération « à l’unanimité » tandis que la gauche scande : « Règlement, règlement…»
La séance est levée à 13 heures, dans un brouhaha général. Fin du premier acte. Le rideau se lève à 15 heures pour la suite de cette comédie politique où il s’agit d’abord de ne pas perdre la figure. Face à face entre le patron de l’UMP et celui du PS.
Patrick Allemand : « Si nous ne pouvons voter démocratiquement, je défère la délibération de la gare du Sud devant le tribunal administratif ».
Christian Estrosi : « Je suis terrorisé ! Avec les gamelles que vous vous prenez devant le tribunal, vous devriez faire attention ».
P. A. : « Nous voulons voter vraiment ».
C.E. : « Une correction de vote est possible. Je suis tout prêt à consentir. Si vous me dites les choses gentiment…»
Finalement, la gauche, d’abord tentée par le « non », s’abstient sur la gare du Sud. Le maire conclut avec une pointe d’ironie : « Je vous remercie pour la sagesse dont vous avez fait preuve ».
Le calme après la tempête.
Par Sophie CASALS et Philippe FIAMMETTI
(1) Lors du conseil municipal du 18 septembre, le maire s’était exclamé : « Que Dieu me garde une opposition pareille ! »


